Ma nouvelle famille d'accueil, disais-je...

C'est donc CE tendre fessier que je vais devoir bichonner.

Soit.

On me stocke dans la chambre de bébé.

J'aurais préféré le garage.

Je suis victime d'une grosse promotion, ce qui signifie qu'une armada anti-fuite débarque le même jour, et que je risque de rester des semaines dans cette chambre à attendre mon tour. 300 dans la salle d'attente, à raison de 5 couches par jour... Argh. Deux mois à ne pas dormir la nuit, à subir la promiscuité de mes camarades étanches, y'a moyen de devenir dingue...

Bah oui, pas de chance, je suis une taille 3, on est plus tranquille quand on est taille 5, à cet âge ils dorment au moins...

Alors je vais prendre mon mal en patience, me relaxer les élastiques...

Attendre.

Attendre le moment où je vais envelopper de toute ma douceur ces redoutables fesses. Rester collée pendant des heures à un micro-popotin, me prendre des gnons quand le proprio de cette instable croupe perd l'équilibre et se retrouve avec un lego incrusté sur l'arrière-train. Me faire écrabouiller par une balançoire ou un cheval à bascule, ou encore par ces petites tapes amicales sur ces rondeurs enfantines si attendrissantes qui me tapent sur le système.

Avec un petit coup de pouce du destin, j'éviterais la zone rouge : la gastro.

Dans le meilleur des cas, je vais juste absorber des flux chauds et émétiques, dans le pire des cas un qui-pue-qui-colle parfaitement ignominieux. C'est le bruit qui circule dans notre carton en tout cas...

Mon espérance de vie se résume, une fois scratchée au Dieu Postérieur, à quelques heures. Un peu plus si je suis de garde de nuit.

J'attends mon tour avec philosophie et fatalisme.

Au terme de mon éphémère mais vitale carrière, je serais reléguée au rang de déchet. Moi, un vulgaire déchet.

Je vais rivaliser de puanteur avec les autres scories de la société de consommation, subir les exhalaisons des fruits moisis et des oeufs périmés, me retrouver coincée entre lingettes pestilentielles et carottes fatiguées... Attention les enfants, le paradis n'est pas très loin. Ca fleure bon l'Eden, tout ça.

Et en guise de feu d'artifice pour clore cette brillante carrière, comme légion d'honneur pour avoir sauvé un pantalon de la noyade, et une maman de la panade, je vais voyager en limousine (me faire broyer dans un camion-poubelle), et faire une nouba en boîte avec mes copines (à la déchetterie).

Tout ça pour ça.

Mais au fond, je ne me plains pas. Ma destinée est infiniment plus affriolante que celle de mes consoeurs lavables...

Leur début et leur fin de carrière ressemblent à s'y méprendre aux miens. Pas glop.

Mais au milieu, c'est une vie de commando, l'élite de la couche culotte, le gratin de l'absorbeur absolu.

Elles travaillent d'arrache-couche pour ne rien gagner, se coltinent les chutes de bébé des heures durant , endurent les exhalaisons des centaines de fois .

Elles subissent aussi la machine à laver quotidiennement, la lessive qui pique les scratch, la noyade à répétition, l'essorage à 1000 tours/minute.

Tout ça pour se retrouver douloureusement coincée par la pince à linge et pendue honteusement telle une condamnée, nue et exposée aux regards dans l'indifférence totale.

Chienne de vie...