Ce jour là, je n'avais pas bu. Ni fumé. Mon homme non plus. Aucune substance toxique, licite ou non, ne circulait dans nos veines.

C'est donc parfaitement sains d'esprit et pleinement conscients de nos actes qu'un soir,  nous partagions une agréable conversation.

Et lorsque l'un de nous a lancé l'idée folle d'apporter notre contribution pour la seconde fois à la race humaine, l'autre a spontanément acquiescé, le sourire béat, l'oeil pétillant, les hormones au branle-bas de combat.

On va aménager l'autre chambre, tu préfères une fille ou un garçon, faudra acheter un autre siège auto, comment on va l'appeler, vivement la naissance, mai 2009 sera le plus beau de notre vie.

Et c'est parti pour une tournée triomphale dans le monde magique des Bisounours.

Un pays merveilleux où l'on se projette avec délices, les rêves en bandoulière.

Une planète toute de bonheur vêtue, où les enfants sont des anges, où l'incommensurable bonheur de la vie à 4 se mesure à la largeur du sourire qui ne quitte pas nos visages épanouis de matin magique en soir enchanteur.

Une utopie où Miniloute est un modèle de calme et de sérénité, bienveillante et tendre avec bébé. Où bien entendu, Number 2, beau comme un dieu grec, intelligent et épanoui, est aussi sage que sa (virtuelle) soeur. Et notre vie de se dérouler à la perfection, de réussite en satisfaction, comme sur un nuage rose qui sent bon le sucre et la cannelle (merci Boris). Comblés, saturés de béatitude, perclus de crampes aux zygomatiques tellement le sourire est scotché à nos visages épanouis.

Bref, pluggés en mode Bisounours, tout va bien.

L'idée de voir en Number 2 une folie supplémentaire à notre palmarès ne nous a effleuré que quelques mois et quelques séance de gymnastique calendaire plus tard, lorsqu'une petite ligne s'est empressée de s'afficher sur le test de grossesse que j'arborais fièrement. Et que, bien sûr, il était trop tard pour redescendre sur terre.

Argh.

Comme il fut doux d'oublier le temps d'un soupir les nuits blanches, les pleurs, les colères, les bêtises, les tonnes de linge sale, les couches immondes, l'accouchement pourri, les envies de passer bébé par la fenêtre, les crises de nerfs, les ras-le-bol...

Si l'on devait juger un bon parent, ce serait, fort à propos, à la médiocrité de sa mémoire...